Le mercredi 29 juillet, 23h
Auberge des Glacis, Saint-Eugène de l'Islet



Hier matin, tente et sacs de couchage dans le coffre, Jade et moi avons pris le traversier à Montmagny pour l'île aux Grues.

L'île compte un petit village. La coquetterie des maisons témoigne bien de la fierté des insulaires. On m'a dit qu'ils étaient au nombre de cinq cents en été. En hiver, seule la moitié restent sur l'île malgré l'arrêt du traversier à cause des glaces.

Le reste de l'île ressemble à un marais asséché, de grandes étendues d'arbustes rachitiques devant lesquelles les touristes ne seraient pas en pâmoison si ce n'était pas de la présence du fleuve majestueux en arrière plan.

Tant qu'à jouer les touristes, intensifions notre curiosité et devenons voyeur. J'ai cherché où habitait Riopelle. J'ai trouvé. Une maison isolée, sise loin de la route et cachée par un îlot d'arbres. Sur la barrière près de la route, il y a un panneau sur lequel il est écrit «DÉFENSE D'ENTRER» avec un C au lieu du S. Un peu décevant pour un personnage important de l'histoire culturelle du pays!

***

Le soir, pendant que j'installais la tente, Jade est allée jouer avec des enfants qui campaient sur le même terrain que nous. Nous avons grillé quelques guimauves, j'ai inventé une légende sur Riopelle et, à vingt et une heures, nous nous sommes couchés. Quinze minutes plus tard, je dormais déjà.

Lorsque Jade m'a demandé de l'emmener camper avec moi, je fus d'abord ennuyé car je me rendais là-bas pour apaiser un récurrent besoin de solitude. Mais, une fois sur place, sa présence ne m'a causé aucun désagrément; au contraire, sa joie de vivre et sa vivacité d'esprit comme le coupe-froid d'une fenêtre m'ont gardé de toute tristesse.


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