Le dimanche 26 juillet, 16h
Auberge des Glacis, Saint-Eugène de l'Islet



J'ai passé les deux dernières semaines à l'auberge des Glacis. Je me suis installé en fait chez les parents de Julien (les propriétaires) dont la maison est située tout juste à coté de l'auberge. J'évite ainsi de monopoliser une chambre pendant la saison haute. Qui plus est, je préfère cela en raison de la chaleur humaine que je retrouve en ces murs mais qui est absente de toute chambre de l'auberge, aussi somptueuse soit-elle

À l'inverse, j'ai dans cette maison toute la solitude dont j'ai besoin; les parents de Julien, et sa soeur Juliette, s'affairent à l'auberge toute la journée en ignorant que la journée de travail ne devrait que durer huit heures. Julien lui-même est à Montréal où il travaillera tout l'été. La plus petite de ses soeurs, Jade, sept ans, fréquente un camp de jour et ne revient jamais avant les seize heures.

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Hier, comme tous les samedis, les jeunes qui habitent les alentours se sont donné rendez-vous autour d'un feu de camp sur une parcelle reculée du terrain de l'auberge. C'est le premier été que Juliette passe à l'auberge. Elle s'est liée d'amitié aux jeunes de la région. Elle me racontait qu'en tant de française n'ayant seulement connu Montréal depuis son arrivé au pays, elle avait vécu un choc culturel lorsqu'elle commença à les fréquenter.

J'ai compris ce qu'elle voulait dire en voyant l'un d'eux disposer ses bouteilles de bière autour du feu pour les réchauffer avant de les boire!

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Vers deux heures de la nuit, alors que les rires et les chansons enterraient le crépitement des bûches embrasées, je ressentis un foudroyant besoin d'être seul. J'engloutis le reste de ma énième bière et je me dirigeai vers le stationnement de l'auberge. Je démarrai mon auto et me rendis à courte distance, au milieu d'un champ où j'aurais très bien pu me rendre à pied si je n'avais tenu à écouter l'album de Jean Leloup par les haut-parleurs du véhicule.

Depuis mon arrivée, on ne me parle pas de Catherine, de sa mort. On semble avoir deviné que je préfère vivre en silence mes émotions. Il n'y a que Jade qui, un après-midi alors qu'on se balançait les pieds dans la rivière, rompit la tendance.

-- Comment elle est morte, Catherine? me demanda Jade qui, de toute évidence, avait beaucoup aimé Catherine.
-- Dans un accident d'automobile, ma puce.
-- Mais pourquoi elle n'a pas été que blessée?
-- Parce que ce fut un très grave accident.
-- T'as de la peine?
-- Oui, j'en ai beaucoup... Je l'aimais énormément.
-- Moi aussi, j'ai beaucoup de peine.

Jade ne posa aucune autre question sur le sujet. Elle devait en avoir beaucoup discuté avec ses parents. De sa voix, ressortait une sollicitude et une retenue peu communes chez un enfant de cet âge.

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Hier, donc, je me suis couché sur l'herbe. La musique de Leloup s'échappait de l'auto par les portières grandes ouvertes et se propageait dans la nuit étoilée. L'alcool me berçait doucement et m'élevait parfois dans les airs comme une aurore boréale.

Les premières mesures du Dôme m'ont subitement rappelé que Catherine jouait cette chanson à la guitare. Peu à peu, je sentis les larmes se frayer un chemin qu'elles n'avaient pas pris depuis deux bonnes semaines parce que j'avais décrété révolu le temps des pleurs.

C'était une grosse erreur car la tension émotive qui logeait en moi était maintenant intenable. Je me suis mis à pleurer, des brins d'herbe entre mes doigts fermés, et ce, longtemps après que la musique eut cessé.


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