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Le jeudi 26 mars, 2h de la nuit
Il était vingt-deux heures et je marchais sur la rue Saint-Denis avec Catherine. Comme nous passions devant le cinéma du quartier Latin, j'ai proposé à Catherine d'aller voir un film au lieu de rentrer tout de suite à la maison. À cette heure, les films étaient tous déjà commencés sauf un: Dark City. Au début du film, j'ai dû combattre l'envie de m'en aller. Le film renfermait tout ce que je n'aime pas au cinéma: éclairage très faible, effets spéciaux par ordinateur omniprésents et scènes uniquement tournées en studio. Catherine me pria de me donner le temps d'apprivoiser le film avant de le condamner. Comme nous étions déjà sur place, que le fauteuil était confortable et que Catherine avait pris un air charmeur, j'acceptai de rester. De plus, j'appréciais l'ambiance bizarre qui planait dans la salle. On comptait quelques couples dans la vingtaine qui commentaient le film à voix haute et un groupe d'adolescents dont les poumons libéraient des effluves illicites. Je n'ai pu me retenir de faire une blague à ces derniers. J'ai pris ma voix la plus grave et, au beau milieu du film, j'ai crié: -- POLISSSSSE! Les mains sur la tête! J'ai vu les fumeux de pot se braquer sur leur sièges en renversant leur sac de pop corn. Jusqu'à ce que je n'éclate de rire, aucun d'eux n'osait se retourner -- à moins qu'ils étaient simplement trop occupés à faire disparaître toute preuve compromettante. La salle entière s'est esclaffée. Catherine riait tellement qu'elle avait peine à me réprimander. J'étais plutôt fier de mon coup jusqu'à ce que je réalise que j'avais peut-être blessé l'amour-propre de ces jeunes. Je me sentis dès lors un peu coupable d'avoir potentiellement gâché leur soirée. J'ai mis des gants blancs et je me suis adressé à la bande: -- Désolé les gars, mais c'était trop tentant! Ils se sont mis à rire, mais à peine parce qu'ils ne trouvaient pas le courage de m'engueuler. Je me suis senti lâche d'avoir tiré parti de la vulnérabilité et de crédulité des adolescents pour amuser la galerie. À la fin du film, je fis second acte contrition en allant les saluer amicalement. C'était la moindre des choses selon Catherine.
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