Le dimanche 22 mars, 22h



Hier, soirée au Pierrot, sans contredit la boite à chanson la plus populaire du Vieux-Montréal avec sa voisine, les Deux Pierrots.

J'avais tout d'abord la ferme intention de ne rester qu'une heure et de finir la soirée au Passeport. Mais, peu à peu, je commençai à apprécier la soirée. On était une quinzaine de personnes dont Ramone, Julien et plusieurs animateurs de la Cachoulac qu'il faisait bon revoir.

Le matin, Catherine m'avait fait part de son intention de ne pas se joindre à nous. Elle passait la journée à faire du ski au Mont Tremblant et elle risquait de revenir épuisée.

-- En plus, je suis fratiguée d'entendre Le phoque en Alaska ! se moqua-t-elle.

Il est vrai que le choix musical du Pierrot varie peu avec les années. À brûle-pourpoint, je peux énumérer vingt chansons qui sont inéluctablement jouées à chacune de mes visites -- une visite aux deux années depuis que j'ai seize ans. Mais, un Mandeville est toujours agréable à réentendre.

D'ailleurs, c'était Le vieux du bas du fleuve qui jouait lorsque Catherine vint dans mon dos glisser ses bras autour de mon cou...

-- J'ai changé d'idée!
-- Tu sais que j'taime, toi!
-- Tu parles d'une coïncidence! J't'aime aussi! Et puis, j'ai manqué quelque chose?
-- Non. Ils ont pas encore joué le phoque en Alaska !
-- Merde! Ça veut dire qu'ils vont la passer!

Elle reprit:

-- Ramone a l'air en forme...
-- Tantôt, il s'est mis à engueuler le monde de la table d'à côté. Mais, les p'tits cons, ils l'avaient bien mérité. Ils faisaient tout pour se faire remarquer... Ils étaient même impolis avec le monde autour. Là, on les entend plus!
-- Ils ont eu peur?
-- Peur? Ramone a fait semblant d'être en colère. Ils sont devenus blancs comme le col de leur bière!

***

De la bière, nous en avons bu comme de l'eau -- parce que nous en avions envie, non parce que le Pierrot nous le dictait. D'accord, c'est blanc bonnet et bonnet blanc! À trois heures, nous étions tous incapables de se rappeler où les automobiles avaient été garées et nous sommes partis en taxi.

Ramone monta dans le même taxi que Catherine et moi pour se rendre au Sona. Quant à moi, j'avais plutôt une ardente envie de finir la nuit chez moi, seul avec celle que j'aime, que dans un after hour survolté. Catherine de ses lèvres silencieuses appuya mon choix.

À la maison, je ressentais encore l'étourdissement de l'alcool. J'ai jeté mes vêtements dans la penderie et je me suis laissé tomber dans le lit. Catherine se déshabilla aussi et sortit sa guitare. Elle s'agenouilla près de moi et fit Isabeau s'y promène , d'une version sublime comme nul ne l'a jamais ouïe.


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