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Le mercredi 4 mars, 4h de la nuit
Lundi, je suis allé dîner avec mon confrère -- celui que j'ai remplacé la semaine dernière et que j'appellerai dorénavant Maître Carré -- pour lui exposer les développements survenus dans ses dossiers pendant son absence. Il m'a remis un chèque représentant soixante-cinq heures de travail plus un boni imprévu en considération de deux procès que j'ai gagnés alors que l'on prévoyait une défaite. Je n'ai pas souri depuis ce repas en compagnie de Maître Carré. Mon agenda de cette semaine est vacant d'activité professionnelle et cela me torture. Avec les honoraires que mon confrère m'a versés, je pourrais vivre grassement pendant les trois prochaines semaines sans travailler mais je demeure hanté par l'incertitude et la noirceur de l'avenir. Je me demande s'il y a encore une place pour les jeunes au Québec. La semaine dernière, malgré une charge de travail immense et un éreintement conséquent, j'avais l'énergie de dix bûcherons et le pas léger comme il y a longtemps que je ne l'avais eu. D'ailleurs, expression significative de cet état de bonheur, Catherine et moi avons fait l'amour tous les soirs. Ce temps-là est révolu. Je sais que me voir abattu chagrine Catherine. Je dois même lui gâcher ses journées et lui faire de l'ombre dans le regard mais je ne parviens pas à me trouver une voie d'échappement à la tristesse ni la force de feindre l'état inverse. Que fait-elle avec moi?
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