Le lundi 23 février, 21h



Le mécanisme métallique du télécopieur se fit entendre à six heures ce matin. Pensant qu'il s'agissait d'un envoi de publicité, je n'y ai pas porté attention et je me suis replongé dans un sommeil moelleux qui fut interrompu cinq minutes plus tard par la sonnerie du téléphone.

C'était l'avocat pour qui je travaille à la pige.

-- T'as reçu mon fax?
-- Euh! oui.
-- Tu fais quoi ce matin?
-- Dormir!
-- Tu dormiras une autre fois. Je veux que t'ailles me plaider une cause devant la Commission d'examen!
-- Ce matin?
-- Oui, je t'ai tout faxé le dossier. C'est à 10h, à Pinel. C'est perdu d'avance mais bonne chance pareil!

La Commission d'examen porte le nom officiel de «Commission québécoise d'examen - troubles mentaux» et est aussi connue sous la dénomination de «Commission d'examen en matière psychiatrique». Il s'agit d'un tribunal administratif qui se penche sur le cas des personnes qui ont été internées dans un établissement psychiatrique à la suite d'un verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux ou d'inaptitude à subir son procès pour la même cause.

Car un accusé qui est déclaré inapte à subir son procès ou déclaré non coupable pour cause d'aliénation mentale n'est pas libéré sur-le-champ; il est plutôt gardé dans un établissement psychiatrique comme l'Institut Pinel de Montréal jusqu'à ce que la Commission juge qu'il ne représente plus un danger pour la société et qu'il peut, par conséquent être libéré. Les auditions se tiennent dans l'établissement où est interné l'accusé.

L'Institut Pinel ressemble plus à une prison qu'à un hôpital. Les portes d'acier et les grilles grises indiquent bien que l'on compte parmi les patients de l'établissement de dangereux criminels. Pour moi, c'était une première et je fus surpris par l'ampleur des mesures de sécurité. Pas question d'entrer là-dedans sans montrer patte blanche et pièces d'identité.

Évidement, il fallait que j'oublie mon portefeuilles chez moi le matin où j'allais à Pinel.

-- Vous n'avez pas de cartes d'identité, maître?
-- Non, je les ai oubliées.
-- Je regarde dans le registre et votre nom n'y est même pas... C'est le nom d'un autre avocat.
-- Je sais. C'est mon collègue. Il peut pas se présenter et je le remplace.
-- Ah! et quel est le nom de votre client?

Évidement, il fallait que j'oublie le nom du client!

J'ai finalement retrouvé son nom dans le dossier que j'avais avec moi. Il était temps puisque je sentais que les gardiens s'apprêtaient à me passer une camisole de force!

***

Comme l'avait prédit mon confrère, la Commission a conclu que mon client ne pouvait être libéré et a reconduit son internement pour six mois. Par respect pour le client, je tairai les détails de l'affaire.

Quant à moi, j'ai été libéré et je suis arrivé juste à temps sur le Plateau pour dîner au Café Santropol avec Catherine.


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