Le dimanche 8 février, 16h



Je n'étais pas allé au Passeport le week-end dernier en raison de la grippe qui m'affectait alors. Bien que le fait d'être retenu à la maison un vendredi et un samedi soir m'affligeât, je me suis consolé en pensant que cela serait avantageux pour mon image dans la mesure où le personnel et les habitués du Passeport, constatant mon absence, penseraient que mes errances en ces lieux ne constituent pas la seule activité pré-dominicale que je connaisse.

C'est du moins ce que je pensais avant que la serveuse ne m'aperçoive.

-- Je t'ai pas vu la semaine dernière... Ça va mieux ta grippe?

Ramone? Julien? Christophe? Marie-Claude? Julie? ... J'ai finalement renoncé à connaître l'identité de celui ou celle qui a fait échouer mon stratagème en dévoilant à la serveuse la véritable cause de mon absence. Je ne fus pas moins surpris de la propagation de la nouvelle.

Ce n'est pas là, cependant, la seule surprise que me réservait la soirée. Car, vers une heure, mon regard s'accrocha sur un groupe de filles au sein duquel il me sembla reconnaître quelques têtes. Le tout se replaça dans mon esprit lorsque je distinguai parmi elles le sourire de Catherine.

Je me suis alors rappelé que Catherine sortait ce soir-là avec des amies de l'université. Mais j'ignorais qu'elles choisiraient le Passeport parmi tous les bars de Montréal -- il y en a au moins deux mille, dont au moins cinq agréables à fréquenter!

J'étais heureux de voir Catherine mais l'idée qu'elle ait pu raconter à ses amies mon aventure avec Maude m'emplissait de honte et m'enlevait l'envie de m'approcher. Or, avec toute la peine que j'ai causée à Catherine avec cette histoire, je ne pouvais pas lui faire l'affront de l'ignorer sous prétexte de me prémunir contre le regard haineux de la solidarité féminine.

Je m'approchai donc du groupe et je souris aux visages que je reconnaissais avant d'embrasser Catherine. Une courte analyse de la réaction des amies de Catherine à ma venue me laissa présumer qu'aucune n'avait eu vent de ce qu'elles auraient pu invoquer pour me clouer au pilori. Quant à Catherine, elle eut la réaction normale de l'amoureuse heureuse (et rien ne me permet de mettre en doute l'authenticité de cette attitude).

Une fois que l'attention du groupe fut portée sur d'autre chose que mon arrivée, Catherine me fit à l'oreille une curieuse requête:

-- Montre-moi qui est Maude.
-- Mais pourquoi?
-- Juste pour la voir.
-- Là-bas, la fille avec un jean noir.

Catherine avait déjà exprimé le souhait de savoir qui était Maude et je n'en saisis pas le pourquoi; toujours est-il que Catherine changea aussitôt de sujet. Pour sa part, Maude semble toujours tout aussi indifférente à moi qu'avant notre amourette. Elle me sourit lorsqu'on se croise. Point. Je n'avais donc pas à craindre qu'elle pose un geste qui aurait enflammé Catherine de colère.

La soirée se poursuivit dans une atmosphère de fête. Ramone arriva et se joignit à nous puis ce fut le tour de Julien, ce qui eut un effet accélérant sur la consommation d'alcool de certains. La piste de danse n'était pas trop bondée et la musique pas trop mal. Je vis Catherine danser pour la première fois et je surpris dans son pas un style qui est parfait.

Nous sommes tous restés au Passeport jusqu'à la fermeture. Ramone voulait à tout prix qu'on l'accompagne dans un after hour mais Catherine et moi avions d'autres projets: la deuxième première fois.


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