Le lundi 19 janvier, 23h



La porte de l'appartement de Catherine était fermée mais le filet de lumière sous l'huis indiquait qu'elle était arrivée. J'entrai chez moi en laissant derrière moi la porte ouverte et je retirai mon manteau. Plusieurs minutes s'écoulèrent pendant lesquelles j'essayai de m'occuper à relire le même maudit journal avant de finalement allumer le téléviseur. Mais, même le gros Homer ne réussissait pas à me distraire.

Catherine, probablement parce qu'elle a entendu le son du téléviseur, sortit de chez elle et frappa sur ma porte (jamais auparavant elle ne frappait avant d'entrer, encore moins lorsque la porte était déjà ouverte).

-- Puis-je? dit-elle en souriant avant de s'approcher. Un sourire plus que diplomate. Un sourire tendre. Un sourire sincère.

Elle s'assit sur le canapé fleuri en face de moi et enchaîna:

-- Ça va bien?
-- Oui.
-- J'ai essayé de t'appeler le 31, à l'auberge, mais personne n'a répondu.
-- La musique était peut-être forte.
-- Enfin... Je suis contente de...
-- Écoute, faut que j'te dise un truc...
-- Quoi?
-- J'ai eu une aventure entre Noël et le Jour de l'An.

Catherine ravala sa salive et reprit:

-- Avec Eve?
-- Non...Tu la connais pas.

Le visage de Catherine avait maintenant la dure impassibilité du soldat au garde-à-vous. Elle me lança un froid «ah bon! » en se glissant les mains sur les cuisses pour se relever. Elle quitta mon appartement sans prononcer d'autre parole. Résolue.

De tous les épilogues possibles, celui-ci était de loin le plus effroyable car il dénotait chez Catherine un fatalisme et une renonciation tacite à tout pourparler. J'aurais préféré qu'elle crie, qu'elle me gifle ou qu'elle brise le premier bibelot qui lui serait tombé sous la main au lieu de me retrouver seul à craindre d'être devenu un objet de haine et de malheur.

J'ai mal pour moi. J'ai mal de lui avoir fait mal. Un bourreau peut-il demander pardon à la tête qui roule à ses pieds?


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