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Le jeudi 8 janvier, 4h de la nuit
T'attends la romance promise
Qui va venir un soir te baiser le cou
T'attends qu'elle vienne et qu'elle te dise
«Je t'ai cherché partout»
T'attends ton tour
Pis t'attends ton chèque
T'attends le jour de te met' avec
Richard Desjardins, Au Club Soda
Le dernier échange de paroles que j'ai eu avec Catherine résonne encore dans la chambre. C'était au petit matin du lundi 22 décembre; quelques heures, donc, après que Catherine eut explosé de colère.
Il était sept heures lorsqu'une agitation inhabituelle dans la pièce me réveilla. Catherine bourrait pêle-mêle son sac à dos de vêtements.
-- Qu'est-ce que tu fais?
-- Je m'en vais ce matin.
-- Tu devais pas partir ce soir?
-- Oui, bon... J'ai changé d'idée. Il y a un autobus qui part à 9h.
-- Laisse-moi te reconduire au terminus.
-- Inutile, y'a un taxi qui attend en bas.
Avant même que j'aie le temps de me lever, Catherine se pencha sur moi et m'embrassa sur la joue avec une glaciale tiédeur. Elle me souhaita un joyeux Noël et une bonne année comme si l'on ne se reparlait pas avant son retour et quitta l'appartement sans me gratifier d'un sourire, ni même d'un regard.
J'ai fait les cent pas dans nos deux appartements toute la journée essayant d'évaluer les conséquences des derniers événements sur l'avenir de ma relation avec Catherine. Une seule chose m'apparaissait certaine: cet avenir se trouvait maintenant entre les mains de celle que j'aime et je ne pouvais influencer sa décision qu'en m'engageant à vivre heureux et normalement, promesse impossible tant que je ne travaillerais pas de façon régulière.
***
Deux jours plus tard, commença la ronde des soupers de famille. Les sourires des petits cousins qui ont grandi de vingt-cinq centimètres depuis le dernier party de famille, le sapin étincelant et le Père Noël qui tombe dedans. Trois jours dans les Cantons de l'Est. Trois jours de répit, de bonheur.
Puis vint le vendredi 26 décembre, le jour de mon retour à Montréal. En retrouvant mon appartement silencieux, une lourde nostalgie s'affaissa sur moi. Mais je l'avais prévue et je m'étais établi un horaire serré pour les heures qui suivirent de façon à n'avoir aucunement le temps d'en souffrir. Dans ma liste de choses à faire, je trouvais, entre autres choses, le lavage, le repassage et mes valises puisque je partais pour l'Auberge des Glacis le lendemain.
En soirée, la fatalité m'amena au Passeport où, dans la fumée orange, j'ai tôt fait de remarquer Maude-et-sa-camisole-un-point-trop-petit, une délicate créature avec laquelle, par le passé, j'ai souvent partagé mon espace vital sur la piste de danse.
Malgré cette proximité de corps, jamais ne nous étions-nous parlé. Souvent, par contre, je l'ai violemment désirée mais je préférais ne pas lui parler, ni lui sourire de peur d'être incapable de faire marche arrière dans la précipitation des tenants et aboutissants de la concupiscence.
On avait ainsi pendant des nuits dansé l'un dans la bulle de l'autre dans un simulacre d'indifférence. Pour ma part, elle me faisait rêver. Pour sa part, je présume qu'elle appréciait la situation parce qu'elle pouvait longuement danser avec un inconnu sans que celui-ci y voit le droit de la tripoter.
Or, ce vendredi-là, le scénario classique prit congé. La piste de danse était tellement surchargée qu'il était désagréable de s'y trouver. Aussi, je décidai de simplement d'aller boire un porto assis au bar avant de me résigner à rentrer prématurément chez moi.
Je combattais pas à pas le tassement des corps le long du comptoir du bar à la recherche d'un siège libre lorsque m'apparut Maude dans ses allures d'adolescente indisciplinée. Elle fonçait en sens inverse, probablement pour quitter les lieux pour la même raison qui me poussait à m'asseoir au bar.
«C'est l'enfer, ce soir! » furent les toutes premières paroles que Maude entendit de moi. Elle dit un «oui» sans cacher sa surprise de me voir lui adresser la parole et elle me sourit avec une légère retenue. Je sentis un frisson me parcourir l'échine comme lorsqu'on s'aperçoit a posteriori que l'on vient de poser un geste non sans conséquence.
Deux sièges se libérèrent près de nous. Nous nous sommes assis et avons échangé des propos banals jusqu'à ce qu'elle adoptât un ton solennel:
-- Faut être un peu malheureux pour danser ici tous les week-ends, dit-elle sans que je sache à qui de nous deux elle faisait allusion.
À ma demande, elle détailla sa pensée:
-- Mon copain, enfin... mon copain est parti en Angleterre en septembre pour ses études. La semaine avant son départ, ça allait pas trop entre nous et on s'est laissé comme ça. On s'est téléphoné deux-trois fois et rien n'est clair... Enfin!
Elle trempa ses lèvres dans sa crème irlandaise, garda le silence quelques secondes puis fit preuve d'une extrême clairvoyance:
-- Toi non plus, ça ne va pas, la vie?
***
Notre conversation passait des confidences les plus quelconques aux aveux les plus intimes; des restaurants que nous préférons jusqu'aux orgasmes les plus intenses que nous ayons jamais connus. Le parfum de ses cheveux courts m'enivrait et la fine peau de ses épaules appelait mes mains que je gardais néanmoins sur le comptoir pour ne pas éveiller les esprits potiniers. Le Passeport devenait de plus en plus inadéquat pour la situation et je proposai à Maude de quitter pour un endroit moins bruyant.
«Pourquoi pas chez moi?»
***
Maude venait d'enlever son manteau et marchait lentement dans le salon en regardant chacun des cadres accrochés sur les murs.
-- Jamais, je n'aurais cru que j'irais chez un gars rencontré dans un bar, surtout pas toi!
-- Surtout pas moi?
Elle se retourna vers moi et enfonça ses mains dans les poches de son pantalon, créant par le fait même un petit vide ombragé dans le col de sa camisole.
-- Tu avais toujours l'air si inaccessible, si indifférent...
Ce commentaire se faufila à mes oreilles comme le plus beau des compliments et le désir qui grondait en moi a, d'un seul coup, décuplé en intensité. Mes mains furent poussées sur son ventre palpitant et sur les parcelles les plus privées de son jeans. Nos bouches s'emballèrent et nos corps valsèrent jusque dans la chambre où se rompirent toutes les chaînes du raisonnable.
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