Le dimanche 21 décembre, 21h



Hier, Catherine et moi sommes retournés à L'Entrecôte Saint-Jean. Peut-être aurions-nous dû jeter notre dévolu sur un autre restaurant.

Les viandes savoureuses se réduisaient dans la bouche sans effort aucun, la sauce à la moutarde était exquise et les frites fraîches et légères. Par contre, hors de nos assiettes, de menus détails amoindrissaient notre plaisir. Le restaurant était encombré. L'espace entre les tables était réduit au minimum; même Catherine, pourtant filiforme, eut de la difficulté à gagner sa place. La table voisine était occupée par un couple dont on distinguait clairement la conversation; aussi nous sommes-nous, en raison de cette proximité, gardés d'aborder des sujets de portée personnelle.

Le va-et-vient était constant et parfois étourdissant. Le vent glacial de la rue s'engouffrait violemment dans la salle à manger chaque fois qu'un nouveau client se pointait. Quelques uns ouvraient la porte et demeuraient bêtement sous le porche, comme s'ils étaient trop timides pour entrer seuls, et tous les clients déjà attablés souffraient de ce long courant d'air polaire.

Par temps plus doux, ces maladroits du portail passent inaperçus mais, hier, ils aiguisaient sans le savoir le mécontentement ambiant. Leur hésitation, leur timidité, leur besoin d'être précédé -- allez savoir! -- devenait une plaie pour l'ensemble des clients.

Nous avons quitté l'endroit frissonnants et un peu déçus par la soirée. La sortie au cinéma que nous avions prévue fut remise à une date flottante et, à vingt et une heures, nous étions déjà rentrés. Couchés une heure plus tard, nous avons longuement parlé, et vaqué à d'autres activités, jusqu'à ce que Catherine s'endorme.

Pour moi, les choses n'étaient si simples. Les inquiétudes professionnelles me regagnèrent aussitôt et me promirent une nuit blanche en leur compagnie. (Bordel! c'était samedi... les tracas n'ont-ils aucun respect pour ceux qu'ils accablent?) Reconnaissant la supériorité de l'ennemi, je jugeai la fuite à propos, fis donc une courte toilette, me rhabillai promptement et indiquai au chauffeur de taxi la direction du Passeport où je retrouvai mes alliés spiritueux et lumineux, et toutes mes amitiés superficielles de l'endroit.

À mon retour, puisque Catherine dormait chez moi, j'allai m'étendre chez elle pour éviter qu'elle ne s'éveille. Mais à peine j'eus gagné son lit que je l'entendis claquer la porte de l'appartement et traverser à pas lourds et rapides le salon pour enfin faire irruption dans la chambre comme un paquebot fou dans une petite marina.

-- C'est pas normal, non, pas normal que tu partes en pleine nuit.

Puis, elle allongea une série de graves questions dont l'écho se perdit dans la nuit. La seule réplique qui me vint à l'esprit, en raison de son absurdité, ne méritait pas d'être prononcée. C'est vrai qu'à première vue, la réaction de Catherine semblait excessive: je ne sortais pas pour draguer, tout de même. Mais Catherine avait néanmoins raison de s'emporter devant mon incapacité perpétuelle de vivre normalement et de m'investir dans notre relation comme elle le mérite.

Catherine prend la route pour Rimouski lundi et elle ne reviendra à Montréal que le quinze janvier.

-- Sera-t-on encore ensemble, dis?

***

Ceux qui sont allés voir Scream 2 en fin de semaine ont compris que la conclusion de ma dernière chronique était un canular, ce qui, je l'espère, aura doublé leur surprise. Quant à ceux qui n'ont pas vu le film, ils sauront maintenant que le véritable dénouement de l'intrigue est tout autre que celui que j'ai annoncé vendredi.


Retour | Jour suivant