Le jeudi 13 novembre, 13h



Il y a déjà quatre jours que nous sommes revenus de l'auberge. Je vis toujours un profond cafard lorsque je réintègre le quotidien après avoir vécu des instants féeriques. Alors qu'habituellement ce vague à l'âme s'éclipse en moins de deux, il s'accroche puissamment à mes poumons cette fois-ci.

Depuis quatre jours, l'horaire du désabusé se répète. Je me lève à 13h. Je vérifie s'il y a des messages sur la boite vocale ou à la sortie du télécopieur et je reste en pyjama jusqu'à 16h. Seize heures et quart, je quitte l'appartement de manière à ce qu'à son retour, Catherine ne découvre pas que j'ai rien foutu de la journée. Sur la rue, j'inspire à plein poumon comme si, ce faisant, je pouvais du mouvement d'expiration rejeter toute cette lourde tristesse. Je fais un saut à la charcuterie ou à la pâtisserie pour brûler du temps et je reviens chez moi.

Mon stratagème est bien huilé puisque Catherine ne se doute pas de son existence. J'arrive un peu après elle lorsque je ne la rencontre pas directement sur le trottoir. Sa seule présence suffit à circonscrire ma douleur, du moins jusqu'à ce qu'elle se couche et que je la quitte pour une nuit blanche avec quiconque de mes connaissances est partant.

Lundi, c'était au Belmont sur Saint-Laurent avec Christophe.

Mardi, c'était au Vertigo sur Rachel avec Sylvain et ses confrères étudiants de la Polytechnique.

Hier, c'était au Cirque sur Mont-Royal avec Ramone, un des locataires de l'immeuble, et sa copine.

Ce soir, je verrai bien.

Puis, à la fermeture des bars, je tombe comme un arbre mort dans le lit de ma douce voisine.


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