Le samedi 8 novembre, 10h
Auberge des Glacis, Saint-Eugène de l'Islet



Hier, nous avons quitté Montréal à midi précis sous un ciel ensoleillé. Arrivés à la hauteur de Montmagny, nous avons laissé l’autoroute vingt, large bande d’asphalte au milieu de paysages agricoles sans guère d’attrait pour le regard, pour finir le trajet sur sa petite soeur, la route 132 qui, elle, offre une vue grandiose sur le fleuve.

Il était à peine 16h et déjà le ciel enfilait sa tenue de soirée et se mirait dans les eaux lorsque je garai l’auto sur l’accotement. Catherine en sortit et emprunta un petit sentier jusqu’à la rive. Je l’ai suivi, fine silhouette sur un sombre fond bleu cuivré, et m’assis sur la même roche. Si la vue du fleuve m'émerveillait, l’envie d’arriver enfin à l’Auberge demeurait néanmoins très présente. Aussi, cinq ou dix minutes plus tard, je rompis le silence pour proposer de reprendre la route jusqu’à destination et Catherine acquiesça, non cependant sans exprimer par un lourd soupir son regret de laisser derrière elle ce paysage de carte postale.

L’Auberge des Glacis est en fait un moulin construit au siècle dernier. Sa transformation en établissement hôtelier, tout en y intégrant confort et luxe, n’a rien enlevé à son cachet historique. Qui plus est, je connais l’Auberge non simplement en qualité de simple vacancier mais également en ami de la famille puisque ce petit royaume appartient aux parents de mon meilleur ami, Julien. L’arrivée fut donc l’occasion de revoir des personnes qui me sont chères et de leur présenter ma copine.

Au souper, qui se déroula dans la somptueuse salle à manger, les plats se suivaient, tous plus délicieux les uns que les autres. Julien et ses parents se sont joints à nous. Catherine aiguisait ma fierté en alimentant de ses propos intelligents la discussion pendant que je me régalais en la regardant.

Au fur et à mesure que je me délectais des alcools qui coulaient à grands flots, la jolie lueur verte et bleue qu'a Catherine en permanence au fond des yeux gagnait en brillance. Je saisis l'ampleur de mon ivresse lorsque nous nous sommes levés pour quitter la table. Il ne s'agissait pas d'un état d'ébriété abrutissant comme je les connaissais souvent autrefois lors des partys de la Faculté de droit mais plutôt d'une subtile ivresse qui accentue la beauté de la vie (s.v.p. ne pas m'envoyer de documentation sur les alcooliques anonymes!)

Subtile était mon ivresse, d'accord, mais il demeure que j'ai eu un peu de difficulté à gravir l'escalier qui menait à notre chambre. J'ai dû accomplir cet exercice d'agilité sans aide car Catherine était trop occupée à rire de moi et Julien, mon habituellement serviable ami, nous avait abandonnés pour descendre à la cave à vin de l'Auberge (et ce n'était pas pour y faire du ménage!)

La première chose que je fis en pénétrant dans la chambre a été de courir à la salle de bain me brosser les dents et prendre un bain car je m'imaginais que Catherine et moi passerions la nuit éveillés mais j'ai eu tort puisque je me suis endormi trente secondes après m'être posé la tempe sur son ventre.

***

Il est donc 11h et je viens de me réveiller. Catherine n'est pas dans la chambre; elle est, m'informe-t-on à la réception, partie à 7h ce matin à une activité d'ornithologie.

Se lever à 7h? Un samedi? Pour aller regarder des moineaux?

Elle me surprendra toujours!



Auberge des Glacis


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