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Le samedi 8 novembre, 17h Auberge des Glacis, Saint-Eugène de l'Islet
Ce matin, j'ai avalé deux croissants en vitesse et j'ai sauté sur la moto de Julien. La moto est l'une des choses que je préfère sur cette terre. Et, quand je parle de moto, je ne parle pas des Suzuki rose fluorescent ou des autres sapins de Noël japonais, ni des Harley, ces chameaux à babyboomers à la recherche d'une image qui n'appartient qu'à leur passé. Non, ma passion porte sur les motocross, de préférence laids et couverts de boue. Il y a plusieurs années que je parcours en moto les sentiers forestiers de la région et je connais par coeur tous les points de vue et les trous de boue qui valent le détour. Malheureusement, la boue était une denrée rare aujourd'hui en raison du peu de pluie tombée sur la région au cours des dernières semaines. J'ai tout de même su répondre à mon inclination pour la fange en traversant à trois ou quatre reprises un marais visqueux et nauséabond. Catherine était dans le petit jardin à l'arrière de l'Auberge lorsque je revins de mon périple boueux. Elle était assise sur une roche près de la rivière qui alimentait autrefois le moulin et tenait à la main un bouquin d'ornithologie. Sans saisir pourquoi les ornithologues se cassent la tête à identifier chaque bête à plume qu'ils voient alors qu'ils pourraient simplement se promener sans faire aucun effort intellectuel, je dois avouer que l'ornithologie a le mérite de faire preuve de beaucoup d'élégance dans la nomination des espèces aviaires. L'attrait de ce loisir ne résiderait-il pas simplement dans le fait d'embellir une marche en foret par l'évocation de noms aussi riches en poésie que la sarcelle d'hiver, le fuligule à collier, le bécasseau à croupion blanc, la paruline triste ou la mésange bicolore? -- D'où tu sors? m'a lancé Catherine en jouant celle qui est effrayée et dégoûtée. En fait, je crois qu'elle était plutôt amusée de me voir maculé de boue comme un gamin. Je me suis couché la nuque sur sa cuisse en prenant garde de ne pas souiller ses vêtements. Le ciel était complètement dégagé et pourtant la faible luminosité du soleil me rappelait ces mornes journées de février. Les branches dénudées des arbres prêtaient au décor un air de désolation. Dans mon âme à l'inverse je n'ai guère vécu de moments aussi beau que celui-ci.
Auberge des Glacis
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