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Le jeudi 30 octobre, 21h
J'ai l'impression qu'il s'est passé six mois depuis lundi matin tant j'ai été occupé. Un confrère pris avec un horaire trop chargé m'a confié une cause qui sera entendue par la Cour lundi prochain. Pour moi, c'est une situation très agréable car je suis parachuté dans un dossier qui est déjà tout préparé (les actes de procédure ont été rédigés, la recherche jurisprudentielle et doctrinale a été faite, etc.) Il ne me reste que la partie la plus passionnante à mes yeux: établir une stratégie dans l'agencement et la présentation de la preuve, préparer les interrogatoires et les contre-interrogatoires, rencontrer le client et les témoins afin de revoir le contenu de leur témoignage, préparer la plaidoirie et, enfin, plaider la cause. Au cabinet de mon confrère, j'occupe la salle de conférence jusqu'à lundi puisqu'il n'y pas de bureau de libre. Évidemment, je m'en plains pas. Bien au contraire, il s'agit là d'un environnement de travail privilégié. Assis dans un profond fauteuil de cuir, je travaille sur une immense table d'un bois riche et exotique. Il y a même un mur vitré qui me concède une vue vertigineuse du centre-ville. Entre deux rendez-vous, il m'arrive de basculer mon fauteuil vers l'arrière et de regarder la ville en pensant à Catherine. Catherine, celle-là, je l'ai croisée encore ce matin dans le hall de l'immeuble. On se salue d'un ton de voix de moins en moins rancunier. Mieux, on s'échange même de sincères sourires en languissant de voir l'un de nous abandonner ses positions orgueilleuses et porter ses lèvres sur les joues de l'autre.
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