Le jeudi 16 octobre 1997 (2e partie)



J'ai pris le repas du souper au restaurant en compagnie d'un confrère que je suis allé rejoindre après m'être défilé devant Catherine. Le fait de manger à pleine satiété des plats de grande qualité calme un peu la douleur en moi parce que je me dis qu'il y a quelques siècles, seuls les mieux nantis de la terre mangeaient autant tout en ne travaillant point.

À mon retour, je suis allé offrir excuses et explications à Catherine. Dans sa sagesse, dans sa vivacité d'esprit, elle me rétorqua qu'elle convenait que je ne puisse esquisser de projets de vie commune, ou même que je fuie les fléaux qui polluent mon esprit en dansant parmi des inconnues au Passeport, et qu'elle n'en était nullement peinée si toutefois je perpétuais l'intimité que nous vivons depuis peu.

Comme des montées de magma, les larmes me vinrent aux yeux devant tant d'abnégation amoureuse. Mais comme tout homme qui craint pour son image, j'ai dissimulé ce sursaut pleurnichard sous un voile de cynisme:

-- As-tu vraiment envie de sortir avec un gars dont tu vas un jour, probablement, retrouver la cervelle... éparpillée dans le salon d'un coup de douze?

Sage comme quatre fois ses 22 ans, elle comprit que c'était là une allusion évasive à un geste que je ne poserais jamais:

-- Bof, ça fera juste un peu de ménage à faire!

La désinvolture de la réplique m'affranchit de la tension émotive qui s'était accumulée depuis l'après-midi et me fit même émettre un sourire. Et, une crue subite de désir nous poussa dans la chambre de Catherine.


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