Le dimanche 6 avril 2003, 5h
Ce soir, j’ai vécu l’expérience la plus stressante de ma vie, mais aussi la plus grisante. Six heures viennent de passer et je suis encore sur l’adrénaline. Et même si je suis épuisé, je ne pense pas pouvoir dormir cette nuit.
Tout commença à 16 heures par un coup de fil. Moi, j’étais tranquillement en train de faire des sculptures en pâte à biscuits en compagnie d’Émilie. C’était le gérant d’un humoriste pour qui j’écris qui m’appelait:
- François! Jean-Michel est au Théâtre Saint-Denis ce soir et le spectacle est enregistré pour un dvd et je veux que tu sois là! Quand Jean-Michel fait le numéro où il parle de toi, tu arriveras sur scène. Jean-Michel n’est pas au courant. Ça va être drôle!
- Attends un peu! Tu veux que j’arrive sur scène en plein milieu d’un numéro?
- Ouep! Et prépare-toi un petit numéro!
- Écoute, je suis auteur! Je n’ai jamais joué de ma vie!
- Pas grave! Tu nous fais rire quand tu viens au bureau, alors tu es capable de faire rire 1500 personnes!
- Il y a un bon film à la télé ce soir. Je pense que je vais rester chez moi!
- Ha! ha! ha! Tu vois comme tu es drôle! Je vais t’attendre à neuf heures dans les coulisses du théâtre, comme ça Jean-Michel sera déjà sur scène et il ne te verra pas arriver! Tu comprends, c’est une surprise!
Clic!
Je n’avais même pas encore raccroché le combiné du téléphone que j’étais déjà transi par la nervosité. Tout se bousculait dans ma tête:
Je devais trouver une gardienne pour Émilie. Heureusement, Isabelle était libre.
Je devais choisir les vêtements que je porterais. Heureusement, ma femme de ménage était venue la veille et toutes mes chemises étaient fraîchement repassées!
Mais surtout, je devais m’écrire un petit numéro. Heureusement, j’ai trouvé immédiatement cinq gags assez drôles. C’était bref, mais ce qui était amusant dans la situation, c’était mon arrivée-surprise sur scène. Donc, même si je faisais court, ce serait tout aussi drôle que si je faisais un long numéro. Et je risquais moins de me casser la gueule!
À 21 heures, j’étais dans une loge du théâtre Saint-Denis que j’arpentais nerveusement en répétant mes cinq petites lignes de texte que j’avais pourtant déjà répétées au moins cent fois! J’ai fait rire la maquilleuse et le technicien qui installait mon microphone. Ça m’a un peu rassuré.
Au loin, j’entendais le public rire et je suivais le déroulement du numéro, gag par gag. Je savais que dans quinze minutes, ce serait le moment idéal pour faire mon entrée. On m’a amené sur le coté de la scène, derrière un rideau, à quelques mètres de Jean-Michel et de l’assistance.
J’avais un tract fou! Je repassais mon texte dans ma tête et je n’avais conscience de rien d’autre. Il a fallu qu’un technicien me tape sur l’épaule pour que je réalise que c’était à mon tour!
J’ai ramassé une bonne bouffée d’air au fond de mes poumons et je suis entré sur scène, tout juste aux côtés de Jean-Michel qui n’en revenait pas de me voir là! J’ai remarqué qu’il faisait de grands efforts pour ne pas éclater de rire. Je pense qu’il se doutait que j’avais un texte à livrer et il ne voulait pas me déconcentrer en riant aux éclats ou en utilisant mon apparition pour improviser quelques blagues. Voilà un geste qui mérite ma reconnaissance.
J’ai récité mon texte et je crois que tout s’est bien déroulé. C’est qu’en fait, je n’ai pas entendu la réaction du public tellement j’étais concentré. Mais le gérant semblait satisfait de ma prestation. J’ai aussi eu l’occasion de me voir sur vidéo, mais encore là, j’étais toujours sous l’effet de l’adrénaline et je n’ai pas pu regarder mon numéro avec attention.
Pour voir si mes quinze minutes de gloire ont été un succès, je devrai donc attendre la sortie du dvd... si bien sûr ma prestation n’a pas été coupée au montage!