Le mercredi 1er janvier 2003, 20h



Un peu avant Noël, Émilie s’est envolée vers la Floride rejoindre sa mère. En temps normal, j’aurais eu un serrement au coeur en la voyant partir avec son petit sac à dos, mais comme je sais qu’elle sera de retour chez moi dès le début des classes, c’est de l’excitation que j’ai ressentie, l’impression de tomber en vacances.

J’ai célébré la venue de la nouvelle année dans une discothèque du centre-ville. J’aurais plutôt préféré me retrouver chez des amis autour d’une bonne table plutôt que dans cette tempête de sons, de cris et de lumières, mais Maude tenait à sortir dans ce bar. J’ai bien essayé de la convaincre de choisir la soirée chez mes amis, mais elle a gagné en visant bas:

- Si je vais au 737, je vais m’amuser, danser, boire et j’aurai envie de faire l’amour après! Tu es sûr de ne pas vouloir être là quand ça arrivera?

Je me suis dit que des soupers entre amis, j’en aurai tout plein au cours de l’année; alors c’était une bonne chose que je profite d’un événement qui ne se produit qu’une fois l’an...

Ce fut un beau réveillon. J’ai croisé plusieurs avocats que je connais, ce qui n’est guère surprenant compte tenu de l’ambiance m’as-tu-vu d’Altitude 737. Certains ont réussi, d’autres gagnent beaucoup moins que moi en travaillant beaucoup plus. Je m’en sors bien dans la vie. L’industrie de l’humour me sied bien.

Le champagne était gratuit et à volonté, à moins que ça soit Maude qui ait tout payé; voilà l’un des nombreux détails dont je ne me rappelle plus à propos de la soirée. Elle s’est beaucoup amusée. Ça m’a faut chaud au coeur de la voir heureuse. C’est si rare, hélas, et je ne comprendrais jamais pourquoi c’est si rare. Comment se peut-il qu’une personne que la vie a doté d’argent - elle est issue d’une famille plusieurs fois millionnaire - et de beauté ne soit pas en bons termes avec le bonheur?

Vers deux heures, je l’ai prise par la taille en lui proposant de rentrer. Elle n’a fait que sourire et elle s’est mise à ronronner dans mes bras pendant que l’ascenseur nous amenait dans le hall de la Place Ville-Marie. Je lui ai adressé un voeu:

- Pourquoi tu n’habites pas avec moi? Tu n’as pas envie que nous formions un couple?
- Hic! Tu as bu, toi!
- Je pense bien! Ha! ha! ha!
- L’alcool délie les langues!
- N’empêche que j’aimerais ça si tu habitais avec moi...

Le trajet en taxi se fit en un clin d’oeil. J’eus l’impression d’être sur un nuage tout au long, sans doute parce que la voiture était une vieille Cadillac à la banquette moelleuse et à la suspension type gomme-balloune. Des fêtards marchaient d’un pas joyeux dans la rue; j’étais heureux d’avoir Maude dans mes bras. Je fus aussi très heureux d’arriver dans ma chambre avec elle.

- C’est vrai que l’alcool délie les langues: tu fais de bons cunnilingus quand tu es bourré! Hi! hi! hi!

Je me relève la tête...

- N’empêche que...
- Chut! Continue...