Le vendredi 12 avril 2002, 11h



Quand je dors chez ma mère, en Estrie, son rottweiller a l’habitude de sauter dans mon lit avec l’idée d’y passer la nuit. Chaque fois, je lui fiche un coup de pied pour qu’il descende du lit. Je veux bien dormir avec ma chatte Boucane, mais avec un rottweiller de 50 kilos qui halète aussi bruyamment qu’un moteur diesel, c’est une autre affaire!

Voilà qu’au cours de la nuit dernière, Émilie a fait un cauchemar et elle est venue se réfugier dans mon lit. Moi, dans la brume de mon sommeil, j’ai cru que je dormais chez ma mère et que le rottweiller venait de grimper dans mon lit. Un coup de pied et hop! Émilie s’est retrouvée sur le plancher!

Ce sont ses pleurs qui m’ont réveillé. Je l’ai ramassée par terre et je l’ai serrée très fort dans mes bras.

-- Émilie, excuse-moi, je t’ai prise pour le chien de ma mère qui saute tout le temps dans mon lit.

Ses sanglots étaient sur leur fin.

-- C’est quoi son nom?
-- Dixie, c’est une femelle. Un gros chien noir!
-- Aussi gros que moi?
-- Plus gros encore!

Son sourire faisait maintenant saillir ses pommettes luisantes.

-- Mais ta mère, elle n’a pas un petit chien?
-- Oui, un cocker. Mais je lui ai offert un rottweiller pour son anniversaire l’été dernier... Elle a aussi deux chats!
-- Deux chiens et deux chats? dit-elle, émerveillée, elle qui n’a jamais pu avoir un animal de compagnie à cause des allergies de sa mère.
-- Attend! elle a aussi des lapins et des poules! Et tu sais quoi? On va y aller en fin de semaine.

Émilie lâcha un cri de joie.

-- Viens, je te raccompagne dans ta chambre...
-- Oui, mais j’ai fait un mauvais rêve! s’objecta-t-elle.
-- Et à quoi tu as rêvé?
-- Euh! je m’en souviens plus!

Elle se mit à rire. Je l’ai bordée et elle ne se réveilla plus de la nuit.

Ça me fait quelque chose de savoir qu’elle retourne chez elle dimanche. Je l’aurais bien gardée une semaine, une année, même une décennie encore!