Le vendredi 5 avril 2002, 21h



J’aime bien routine qu’apporte la présence d’Émilie chez moi. Le matin, je me lève tôt pour qu’elle déjeune et ensuite, je la reconduis à l'école. Puis je reviens chez moi. L’envie d’aller me recoucher est toujours présente, mais je la combats. Je travaille jusqu’à midi et je vais dîner à l’extérieur.

Le moment de la journée que je préfère est quand arrive 15 heures puisque c’est à cette heure que je vais chercher Émilie à la fin de ses cours. Comme son école est à Outremont, nous en profitons pour aller manger une glace au Bilboquet sur la rue Bernard. Nous nous sommes donné comme mission de goûter à toutes les saveurs de crème glacée d’ici le retour de sa mère, d’ici donc vendredi prochain.

S’il fait soleil et chaud, on s’installe sur la terrasse du Bilboquet et Émilie fait ses devoirs et moi, je la regarde. Les minutes passent comme passent les passants qui sourient tendrement en voyant Émilie piger dans ma crème glacée. J’aurais envie que tout s’arrête là, de figer ce bonheur pour qu’à tout jamais il soit mien.

Quand le temps de souper arrive, ça se complique un peu. C’est que je n’ai jamais appris à préparer de repas équilibrés, moi! Je me souviendrais toujours du regard éberlué d’Émilie le premier soir quand je lui ai servi une entrecôte qui faisait deux fois la grosseur de ses deux petites mains réunies.

Émilie souleva l’assiette et regarda en dessous.

-- Y’a pas de légumes?

Ça fait dix ans que je mange mes entre-côtes sans légumes. Avec le temps, on finit par croire que c’est la normalité! Heureusement que j’avais du jus de légumes pour compenser ce soir-là. Depuis, j’ai fait des réserves de pommes de terre, de carottes, de brocolis... Il me reste à trouver comment on cuit tout ça!

***

Mardi soir, après la réception au restaurant, je suis allé visiter la nouvelle maison de l’humoriste pour qui j’écris. Une fois à l’intérieur, mon coeur a fait deux tours sur lui-même quand je me suis aperçu que j’avais déjà habité cette demeure lorsque j’avais sept ou huit ans!

C’est quand même fort comme coïncidence!

Et c’est assez émouvant de me retrouver dans une maison où chaque recoin éveilla des souvenirs d’il y a près d’un quart de siècle!