| Le mardi 2 avril 2002, 16h
Ce soir, je vais à un souper organisé pour fêter le
trois cent millième billet vendu pour le spectacle que
j’ai co-écrit. Comme Émilie reste chez moi ces
jours-ci, je dois la faire garder. J’ai demandé à
Isabelle, la locataire du premier étage, qui me semble digne de
confiance.
Émilie n’est vraiment pas
contente. Elle veut venir avec moi au restaurant, surtout qu’elle
sait que l’humoriste qu’elle a déjà vu
à la télévision et qu’elle trouve rigolo y
sera. Mais, la soirée risque de finir assez tard et
Émilie a de l’école demain. J’ai
consolé Émilie en lui disant que nous irions se baigner
chez cet humoriste cet été.
En attendant, je dois donner quelques consignes
à Isabelle.
-- Émilie doit se coucher à huit
heures, mais tu lui donnes son bain dès sept heures. Et si elle
veut emmener mon chat avec elle dans le bain, tu
l’empêches! C’est sérieux, la dernière
fois, elle a voulu mettre le chat dans l’eau!
-- Que s’est-il passé?
-- Vas voir le rideau du bain! Le chat a sauté dessus et
l’a lacéré avec ses griffes!
-- Au fait, ton chat, c’est pas une chatte?
Ah non! ça ne va pas recommencer!
-- Et surtout, tu ne laisses pas Émilie
jouer avec l’ordinateur après son bain. Sinon tu vas avoir
besoin de pinces de désincarcération pour la
décoller du clavier!
Je me sens comme un parent qui fait garder son
enfant pour la première fois. J’ai peur qu’il arrive
quelque chose de malheureux. J’ai même donné
à la gardienne le numéro de téléphone du
restaurant où je vais.
La situation est quand même
étrange. Avec le temps, la mère de Maude et Émilie
semble davantage m’apprécier. Alors qu’autrefois
elle tarabustait Maude en lui répétant que
j’étais trop vieux pour elle, voilà qu’elle
me demande régulièrement de garder son autre fille et
même pour une semaine entière cette fois-ci, pendant
qu’elle est en voyage outre-Alantique avec son mari.
Ce qui me fait plaisir, c’est qu’il
est nullement question d’argent dans tout ça. La
mère de Maude ne me donne pas un sous pour que je garde sa
fille. J’ai donc le sentiment d'être plus qu’un
gardien.
 
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