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Le lundi 4 mars 2002, 16h
Encore mal à l’aise à cause de cette histoire de chatte et de vulve, j’en ai glissé un mot à Maude lorsqu’elle me téléphona vendredi matin. Elle n’en fit pas de cas, trouvant même la chose drôle. Selon Maude, Émilie tentait simplement de charmer l’ami de sa grande soeur. Maude passerait chercher la séductrice le lendemain.
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-- Et où allons-nous comme ça?
-- Tu verras bien!
Nous marchions sur l’Avenue du Parc et ma petite camarade me tirait le bras pour m’emmener là où elle avait décidé que l’on allait. Bien sûr, elle refusait de me dévoiler la destination. Au début, je prédisais que nous étions en route pour le chocolatier de la rue Laurier. Mais peu importe où nous allions, ça me faisait plaisir de m’y rendre. Il faisait très beau cette journée-là, et Émilie est une enfant enjouée dont la compagnie est agréable. J’avais tout de même posé des limites:
-- Je t'avertis, si après trois jours de marche, on est pas arrivé où tu veux aller, moi, j’arrête!
Finalement, l’idée d’Émilie était d’aller chez Renaud-Bray où se trouvait exactement le ludiciel qu’elle voulait... et que j’ai acheté. Nous sommes ensuite revenus chez moi. Émilie se lança sur mon ordinateur pour ne le quitter que pour engouffrer la pizza que je lui ai préparée et, plus tard dans la soirée, pour aller au lit.
Le lendemain, Maude vint reprendre Émilie.
Quand Émilie entendit la voix de sa grande soeur dans le vestibule, elle s’y précipita pour l’embrasser. Non seulement Maude refusa l’affection de sa petite soeur, mais elle lui assena une solide gifle.
-- Ça t’apprendra à dire des grossièretés!
J’étais atterré. Moi qui pensais naïvement qu’au Québec, on ne frappait plus les enfants depuis les années soixante, je voyais une enfant que j’aime énormément se faire vertement corriger et humilier. Ce fut un choc. Je me sentais également coupable, coupable d’avoir été un sycophante.
J’ai attrapé Maude par le bras et je l’ai emmenée dans le salon.
-- Mais tu es complètement folle!
-- Quoi? Lâche-moi!
-- T’as giflé ta soeur!
-- Elle le méritait.
-- Au téléphone, tu riais de ça...
-- Oui, mais j’y ai repensé... t’imagines si elle commence à parler de vulve comme ça... un jour, elle va tomber sur un pédophile en puissance.
Elle n’a pas tort. Il faut inculquer des notions de prudence à cette enfant.
-- Oui, mais on ne frappe pas sa soeur comme ça!
J’étais en colère. Je venais de comprendre qu’Émile devait subir souvent les excès de colère de son aînée. Pas toujours par des gifles, mais du moins par des paroles et une attitude brutales.
-- Tu es monstrueuse! Si tu t’en prends à ta soeur, c’est pas pour l’éduquer, c’est pour épancher tes frustrations ou ta tristesse du moment!
-- Lâche-moi!
Je n’aurais pas dû la lâcher. Dès que j’eus libéré ses bras, elle me balança à moi aussi une gifle cinglante qui aurait brisé un dentier si j’en portais un. D’ailleurs, je soupçonne avoir reçu un coup de poing sauvage plutôt qu’une gifle d’une raffinée violence bien féminine.
-- Tu es folle, tabarnacle!
-- J’en ai assez que tu me dises que je suis triste. J’en ai assez que tu me demandes toujours pourquoi ça ne va pas! Oui, je suis folle. T’es content, là?
Et pendant que j’essayais de comprendre pourquoi je devais être content, elle envoya un coup de pied sur la table de salon qui glissa jusqu’au téléviseur et l’écran éclata en morceaux. Maude eut un regard de panique en voyant le résultat de sa fureur. Elle tourna les talons et s’en alla.
Par la fenêtre, je l’ai vu traverser l’allée à grands pas de colère avec sa petite soeur qui la suivait tant bien que mal. Je pris Boucane dans mes bras pour ne pas qu’elle se coupe les coussinets sur le verre brisé et j’eus la gorge serrée en pensant à Émilie que j'aurais aimé garder avec moi.
  
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