Le jeudi 28 février 2002, 15h



Je garde la petite soeur de Maude aujourd’hui. Elle s’appelle Émilie et elle a six ans.

En arrivant chez moi, Émilie prit ma chatte dans ses bras...

-- C’est une fille ou un garçon?
-- C’est surtout un chat!

Émilie pouffa de rire.

-- Mais c’est un mâle ou une femelle?
-- Une femelle.
-- Son nom, c’est quoi?
-- Filou!
-- Mais Filou, c’est un nom de chat, pas de chatte!

Émilie a bien raison.

-- Tu vois Émilie, quand j’ai adopté le chat, je ne savais pas que c’était une chatte, alors je l’ai baptisé Filou.
-- Ah non! il faut lui trouver un nom de chatte!
-- Tu as une idée, toi?
-- Vulve! proclama Émilie.

Oups! ai-je bien entendu? Vulve?

-- J’aime pas ça... trouve un autre nom!
-- Pourquoi? C’est beau une vulve! répliqua Émilie, tout sourire.

Aïe! ça s’aggrave! J’ai devant moi une enfant de six ans qui s'obstine à me parler de vulve!

-- Regarde Émilie, j’ai une meilleure idée, on va appeler la chatte... euh! le chat « Boucane ». Tu veux que je te dise pourquoi?
-- Pourquoi?
-- Donne-moi la boite d’encens qui est à côté de toi et dépose le chat sur la table... Et regarde bien...

J’ai allumé un cône d’encens que j’ai déposé près du félin. Aussitôt, Filou-Boucane, l’oeil hypnotisé, donna des coups de pattes à la fumée qui dansait devant lui. Émilie trouva ça très drôle.

-- Tu vois, Filou-Boucane adore la fumée! C’est le même manège quand quelqu’un allume une cigarette...
-- Je veux fumer une cigarette! décida Émilie.

Au moins, elle ne me parle plus de vulve!

-- Tu fumeras dans une dizaine d’années! De toute façon, il n’y a pas de cigarette ici.

Elle reprit Filou-Boucane dans ses bras.

-- C’est joli Boucane mais j’aime mieux Vulve...

Ah non! ça lui reprend!

Et elle en remet:

-- Tu ne trouves pas ça joli, toi, une vulve?

La situation était délicate. J’imaginais déjà la scène suivante: je suis invité à la prochaine réception donnée par les parents de Maude. Je suis en pleine conversation mondaine avec une tante de Maude aussi prude que précieuse et voilà qu’arrive Émilie qui dit dans toute son innocence en me prenant la main:

-- Tatie Rose, ça, c’est mon ami François avec qui je parle de vulve!

Il fallait que je fasse comprendre à Émilie, sans néanmoins trop la brusquer, que je n’appréciais pas sa volonté obsessive de parler de... vulve.

-- Bon, Émilie, tu arrêtes de me parler de vulve? Ce n’est pas drôle, vraiment! Le prochain coup, c'est au lit! tout de suite.

La petite chouette se mit à grommeler de petits sons qui laissaient présager un flot de larmes. Fine manipulatrice, elle réussit à m’attendrir. Je pris ma voix la plus douce:

-- Que dirais-tu si je te parlais tout le temps de genoux, de coudes ou d’orteils?
-- Je dirais que tu es fou!