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Le lundi 11 février 2002, 15h
Je suis retourné chez Maude aujourd'hui. Le même hurluberlu était dans le hall.
De toute évidence, il ne me reconnaît pas:
-- Pour refermer la...
-- Je sais... Il faut que je pogne la crowbar, que je force sur le côté pis que je câlisse un coup de pied dans le bas de la porte.
Le cannaconsommateur me regarde avec un air surpris, si surpris qu’il a même cessé de se gratter les testicules sous sa robe de chambre.
--Je suis venu vendredi, tu ne t’en souviens pas? Tu m’as alors tout expliqué: la crowbar, le coup de pied dans la porte...
-- Ah! oui, oui! dit-il en me replaçant vaguement.
Il ramène son joint à ses lèvres ornées d’un feu sauvage et de stries blanchâtres et en tire une dose de tétra-hydrocannabinol.
-- Tu répares en ton vélo?
-- Euh! non, non. Il n’est même pas à moi... Je fais juste semblant de le réparer...
-- ?
Le type passe aux aveux:
-- Je viens icitte juste pour fumer parce que ma blonde veut pas que je fume dans l’appartement. Parce que c’est mauvais pour le bébé, qu’elle dit! Comme si ça pouvait une différence sur la santé du p’tit! Elle a pris du smack tout le temps qu’était enceinte!
Je me suis dit qu’il y a des gens qui ont une vie à mille lieues de la mienne!
***
La porte était fermée mais je pouvais entendre le dernier tube de Noir Désir qui jouait dans le loft. Maude est venue répondre, la tête penchée, ses cheveux emmêlés cachaient son visage. Il était 16 heures et elle était encore en pyjama. Elle me laissa entrer et elle alla se coucher dans son lit au fond du loft.
Le plafond, d’une hauteur de dix ou onze pieds, est couvert d’un lacis complexe de tuyaux . Il y a des fenêtres à gros carreaux embuées de l’intérieur et sales de l’extérieur. Le plancher est de béton brut.
Dans un coin, il y a une petite cuisine où règne un désordre qui dénote bien l’état de désarroi dans lequel se trouve Maude. À l’opposé, se trouve la chambre sans murs où seul un épais tapis carré et un paravent bleu donne une impression d’intimité.
En passant devant l’îlot de la cuisine, j’ai ramassé le litre de lait qui traînait sur le comptoir. J’ai mis le bouchon et j’ai replacé le contenant dans le frigo.
-- Maude, ne me dis pas que tu as passé la journée au lit?
Elle ne répondit pas. J’ai ressenti de la tristesse.
-- Maude, veux-tu m’expliquer pourquoi tu as emménagé dans un endroit pareil? Ça fout le cafard!
Je me suis assis sur le lit, près de Maude et je lui ai caressé les cheveux parce que je sais qu’elle aime ça. Elle se retourna un peu...
-- J’aime bien ce loft, moi. C’est grand, c’est éclairé. Et il n’y a pas de risque que ma mère débarque dans ma chambre à six heures et demie du matin en me demandant si je veux du bacon avec mes oeufs!
J’ose...
-- Dis-moi Maude, pourquoi es-tu toujours triste comme ça?
Mais je n’aurais pas dû. Elle perdit son léger sourire et se retourna brusquement en ramenant sa couverture sur sa tête. Je savais qu’elle ne me parlerait plus aujourd’hui.
Je suis parti.
  
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