Le mercredi 16 janvier 2002, 15h



J’ai un grave de poids. (Mais heureusement pas sur la conscience!)

J’ai un indice de masse corporelle de 20.4, ce qui me donne un poids santé selon les barèmes médicaux. Je m’inquiète néanmoins (pas pour ma santé, pour mon apparence!), car je suis à 3 kilogrammes d’avoir un poids insuffisant selon ces mêmes barèmes et de pouvoir obtenir un rôle de figurants dans une publicité de Vision Mondiale.

Le plus étrange est que je mange sans arrêt des aliments hyper caloriques. Par exemple, ce soir, en écoutant la télévision, au lieu de me contenter d’un sac de chips, j’ai mangé du bacon, trois bagels et un pot de fromage à la crème. Les chips, comprenons-nous, je les ai mangé aussi.

Et ce n’est pas parce que je n’avais rien mangé de la journée.

Récit d’une déglutition quotidienne:

Ce matin: deux oeufs, bacon et pommes de terre au Toaster, rue laurier.

Ce midi: deux filets de sole avec frites chez Patati-Patata, rue Saint-Laurent.

Ce soir: steak au beurre et champignons, chez moi.

Tout cela et je n’arrive pas à prendre de poids. C’est le drame de ma vie!

***

Je jalouse les obèses.

Moi, quand je vais m’entraîner au Nautilus, je suis obsédé par le nombre de calories que je brûle et découragé en pensant à tout ce que je devrai manger par la suite pour compenser. Les gros, eux, peuvent pédaler sur les vélos stationnaires des heures et des heures sans s’inquiéter. Ils ne savent pas la chance qu’ils ont.

Ramone m’a parlé des suppléments alimentaires qu’il prend depuis des années. Il m’a préparé une espèce de lait fouetté avec de la poudre protéinée mais, diable! je n’ai jamais goûté un truc aussi mauvais! Cela n’a rien du velouté d’un lait fouetté traditionnel, je dirais plutôt qu’en bouche, le breuvage ressemble à du sable imparfaitement incorporé à de la graisse molle.

C’était à la saveur de banane, mais ça devait être des bananes transgéniques parce que ça goûtait la morue. Ramone s’astreint à ingurgiter cette boue deux fois par jour depuis des années pour conserver sa musculature. C’est un peu comme ces gens qui mangent deux Big Mac par jour, sauf que Ramone, lui, n’est atteint d’aucune maladie mentale! En fait, j’admire la discipline dont il fait preuve pour rester baraqué comme une corde de bois. Moi, il est hors de question que j’insère dans mon régime ce genre de liquide poudreux et infect. Il ne me reste donc une seule solution si je veux grossir: manger encore davantage.

C’est l’épicier qui va être content!